Philippe d’Ornano plaide la cause des « ETI »

A l’occasion du sablier du MEVO, le président Michel Jonquères a convié lundi 22 juin un invité de marque au Novotel de Cergy : Philippe d’Ornano, président de Sisley, société familiale en forte croissance, spécialisée dans la cosmétique et dont le site de recherche et la logistique sont basées à Saint-Ouen l’Aumône. Philippe d’Ornano dirige l’une des pépites d’une catégorie d’entreprises dont la France manque cruellement : les « ETI » (entreprise de taille intermédiaire). En tant que co-président du METI (Mouvement des entreprises de taille intermédiaire), le dirigeant est venu s’exprimer sur l’importance de soutenir et d’accompagner ces entreprises qui performent à l’international.

 

L’intervenant a séduit. Philippe D’Ornano ne pratique pas la langue de bois. Direct, bon communicant, décontracté, ce chef d’entreprise à l’allure sportive qui pratique le surf et le rugby, a parlé sans détour aux dirigeants présents. En préambule, il est revenu sur la création de l’entreprise, fondée par son père en 1976, positionnée dès ses débuts dans les produits haut de gamme à base d’actifs naturels. Il rejoint 10 ans plus tard la société et fait ses premières armes en tant que représentant.
Cette très belle succès story à la française, devenue marque mondiale avec 30 filiales de distribution et 85% de son chiffre d’affaires réalisé à l’export, ne doit son développement qu’à l’auto-financement et à l’emprunt. « Sisley reste une entreprise patrimoniale qui n’est pas côté en bourse. Ces 20 dernières années, explique Philippe D’Ornano, nous avons multiplié notre chiffre d’affaires par deux tous les 5 ans. »
Avec un site de production à Blois, un second site implanté depuis 2009 à Saint-Ouen l’Aumône pour la R&D et la logistique, la marque est reconnue pour ses produits de beauté, crèmes, maquillage et parfums proposés dans les circuits sélectifs où elle se positionne en top des ventes.Défenseur des ETI
Philippe d’Ornano s’est laissé convaincre. Il est aujourd’hui en première ligne pour défendre la cause des « grosses PME » et a pris la tête du METI pour porter la voix de ces entreprises de taille intermédiaire, au modèle performant, capables de se battre sur le terrain international, qui emploient moins de 5 000 salariés (4700 personnes chez Sisley) et réalisent un chiffre d’affaires inférieur ou égal à 1,5 milliard d’euros (600 millions d’euros pour Sisley). Cette catégorie d’entreprise contribue à la solidité industrielle et commerciale de l’Allemagne, qui en compte 12 500, ou du Royaume-Uni (10 500), tandis que la France n’en recense que 4 600…
A travers le METI, Philippe d’Ornano, dans la lignée d’Yvon Gattaz, a notamment évoqué les droits de succession élevés pouvant conduire à la vente de l’entreprise et la mobilisation engagée depuis plusieurs années pour atténuer l’impact de cette fiscalité. Depuis 2003, des avancées significatives ont été faites, notamment avec le pacte Dutreil qui permet d’éviter que les héritiers d’un chef d’entreprise ne soient obligés, à son décès, de vendre l’activité familiale pour payer les droits de succession. Les parts ou actions de société sont en effet exonérées de droits de donation ou de succession à hauteur de 75 % de leur valeur, sans limitation de montant. Ce système permet donc d’assurer la pérennité du tissu économique français en allégeant le coût fiscal de la transmission d’entreprise dans un cadre familial.
Philippe D’ornano a également mis en avant l’idée que les entreprises sont des actifs stratégiques pour un pays et qu’il est donc nécessaire de les encourager. « La question est : développons-nous un écosystème qui leur est favorable ? Beaucoup de dispositifs sont pris pour protéger les TPE et les PME-PMI, mais les plus touchées restent les ETI. Il nous semble essentiel d’avoir un tissu d’entreprises moyennes fortes et stables, qui ne sur-réagissent pas en cas de crise et jouent un rôle d’amortisseur. » Pourtant, un peu à l’image de la classe moyenne, les ETI subissent, il est vrai, la fiscalité la plus lourde avec des taux de prélèvements obligatoires pouvant atteindre 33% contre 29% pour les grandes entreprises. Autant de sujets à faire valoir pour que l’environnement juridique et fiscal de ces entreprises s’améliore.

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